L’AMIANTE, LES NEIGES
Ce gris du souvenir
Que je suis
Par les siècles et les jours
Et les roues d’eau tournantes
J’ai dardé
Mes argents d’obsidienne
Mes affûtés rayons
Sur l’ascète traînant ses longs manteaux de peau
J’ai patiné
Ses téguments d’éther
Jusqu’à la mémoire absolue
Des chardons perforants
Des cristaux confondus
J’ai platiné son grain
Ses chairs
Et ses pouvoirs
Pour m’y voir à leurs places
J’ai crocheté la bête
J’ai pris le chien sauvage
Ses enjambées géantes
Et j’ai fait
De ses balbutiements
Du murmure au silence
J’ai patiné bon train
Son teint
Ses latitudes
Son pied levant
Et ses soleils devant
J’ai lui la lune aussi
Je l’ai faite sa peau
J’ai pétri ses cratères comme on greffe une écharde
Mais il m’a retourné
Comme l’envers la médaille
Pris pouvoir lui aussi
Son engrais
Mes chamades
Je n’ai rien
Plus sur lui
Que ma profonde absence
Cédé ma fleur
L’amiante, les neiges citadines
Je ne suis rien
Ni plus
Qu’une pensée
Une éclisse d’étain
Une anémie charmée
Sa peau
Luminescence
Fait sens et ombre
Au fakir de platine
Où s’allonge son cou
Il est
Luit
Patinée Séléné
Appuyé mais debout.